Lévis Refuse

Lévis Refuse les compteurs intelligents d'Hydro-Québec

Ondes toxiques ou effet nocebo? Quand «Les Francs-tireurs» se tirent dans le pied

huffingtonpost-quebec19 mars 2016 – Source : Journal Huffington Post Québec

Le 9 mars dernier, l’émission Les Francs-tireurs de Télé-Québec diffusait un reportage sur l’hypersensibilité électromagnétique. Malheureusement, ce reportage a perpétué des mythes qui ne font qu’accroître la souffrance du nombre croissant d’enfants et d’adultes souffrant de cette condition (lire ce rapport du comité permanent de la Santé de la Chambre des communes) ; on y trouvait également des failles journalistiques importantes.

Experts peu crédibles

En effet, les seuls «experts» interviewés par l’animateur Richard Martineau étaient deux sceptiques qui n’ont jamais signé d’étude sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (CEM) dans une revue scientifique révisée par des pairs. Ceux-ci n’étaient certes pas qualifiés pour se prononcer sur la nocivité possible des radiofréquences (RF) dans la gamme des micro-ondes émises par les appareils sans fil.

D’abord, l’ingénieur Thomas Gervais, qui enseigne à l’école Polytechnique, a notamment prétendu que les seuls effets nocifs possibles des micro-ondes sont thermiques (échauffement des tissus). M. Gervais passe pour un expert indépendant. Or, la Brigade électro-urbaine de la Polytechnique, qu’il a mise sur pied dans le but de démontrer l’innocuité des RF dans l’environnement actuel, est financée par la Fondation Trottier, établie par Lorne Trottier, fondateur de la compagnie d’imagerie numérique Matrox.

M. Trottier est aussi webmestre du site Web emfandhealth.com qui prétend démystifier les CEM en se basant sur des preuves scientifiques. La mission de ce site est plutôt militante, car il y discrédite les études identifiant les effets biologiques non thermiques des CEM.

Ce site est rédigé en collaboration avec nul autre que le Dr Michel Plante, responsable de la Santé et de la sécurité du public chez Hydro-Québec, ainsi que des chimistes de McGill financés à coups de millions par la Fondation Trottier. Pour la neutralité et la crédibilité, on repassera.

Le second expert, le Dr Serge Marchand, chercheur sur les mécanismes de la douleur au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), affirmait avec assurance que les réactions aux CEM sont psychosomatiques et causées par une phobie des ondes.

Effets non thermiques des radiofréquences

Pourtant, près de 23 000 études scientifiques ont été publiées sur les effets biologiques des CEM depuis six décennies. Portant pour la très vaste majorité sur leurs effets non thermiques, ces études sont répertoriées sur emf-portal.de.

Bien que non concluantes (hors de tout doute raisonnable), les plus probantes ont incité le Centre international de recherches sur le cancer à classer de «peut-être» cancérogènes les champs magnétiques domestiques (60 Hz), en 2001, et les radiofréquences en 2011.

Dès les années 1950, des cliniques médicales furent ouvertes dans plusieurs villes soviétiques et d’Europe de l’Est pour étudier et traiter les milliers de travailleurs atteints de cette mystérieuse condition, alors baptisée «maladie des ondes radio» ou «maladie des micro-ondes». Environ 15 % des travailleurs exposés à des micro-ondes développaient des symptômes et 2 % devaient quitter leur emploi (Sadchikova 1960, Lkimkova-Deutschova 1973), selon l’historique présenté sur le site cellphonetaskforce.org.

En 1969, la vaste littérature médicale soviétique et est-européenne sur les effets biologiques des RF fut résumée par Christopher H. Dodge de la division des biosciences de l’Observatoire naval américain. Son rapport confirmait le lien entre les RF et les symptômes dont se plaignent aujourd’hui le nombre croissant de personnes atteintes d’hypersensibilité électromagnétique (HSEM), aussi appelée électrohypersensibilité (EHS) ou syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM). Selon le rapport Dodge, l’exposition chronique à de faibles doses de RF peut nuire principalement aux systèmes neurologique, dermatologique, cardiaque, endocrinien et sanguin.

Ces symptômes disparaissent dans les environnements sans champs électromagnétiques, ont reconnu en 2000 les pays européens nordiques – dont la Suède et le Danemark – en classant l’EHS comme maladie professionnelle. «La preuve est irréfutable», a confirmé en 2015 le Tribunal de l’incapacité de Toulouse, premier tribunal français à reconnaître l’EHS comme un handicap donnant droit à une indemnité.

Patients et médecins mal informés

Comme l’expliquait dans une lettre envoyée à M. Martineau l’ergothérapeute montréalaise Lucie Montpetit : «La plupart des gens qui en souffrent ne savent même pas que ce sont les micro-ondes qui les rendent malades. Beaucoup se retrouvent avec un diagnostic de dépression, d’insomnie ou de trouble de l’adaptation mais ils ne répondent pas aux traitements classiques permettant de les traiter. Lorsqu’ils viennent me consulter, je passe en revue avec eux la liste des agents stressants potentiels. Souvent, ils dorment juste au-dessus d’une pièce où se trouvent plusieurs compteurs de nouvelle génération d’Hydro-Québec ou avec leur routeur Wi-Fi allumé et souvent présent dans leur chambre, en plus d’un téléphone cellulaire allumé sur leur table de chevet ou sous leur oreiller. Certains sont exposés à des champs magnétiques causés par des erreurs de filage électrique non mis à la terre. Or, plusieurs retrouvent un sommeil réparateur lorsqu’on éloigne ou élimine ces appareils de leur environnement et après avoir réglé les erreurs de filage.»

Bien que très peu d’études indépendantes sur le sujet aient été financées en Occident, le lien entre l’exposition aux CEM et les symptômes d’EHS est de plus en plus clair. Au moins deux études (Rea et al, 1991, McCarthy et al, 2011) de provocation à double insu (des sujets comme des chercheurs) ont confirmé que les symptômes dépendent de l’exposition aux ondes. L’un des électrohypersensibles participant au reportage des Francs-Tireurs, José Lévesque, qui éprouve des symptômes objectifs impossibles à provoquer par une réaction phobique, a d’ailleurs proposé au Département de santé publique d’effectuer sur lui les tests de réactions à l’aveugle, ce qui fut refusé.

Méthode de diagnostic

Récemment, une étude dirigée par l’oncologue parisien Dominique Belpomme a proposé une méthode pour diagnostiquer ce syndrome. Ses 727 sujets atteints d’EHS affichaient tous des biomarqueurs de souffrance cérébrale observables grâce à de simples prises de sang et d’urine et à un scan du cerveau. Bien que les symptômes et biomarqueurs soient non spécifiques à une seule maladie et varient d’un individu à l’autre, les chercheurs ont remarqué des recoupements importants. Par exemple, 72 % des électrohypersensibles affichaient des taux élevés d’histamine et de protéines indiquant un stress oxydatif ainsi que l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique, filtre très sélectif qui protège le cerveau des agents pathogènes présents dans le sang. L’une de ces protéines, la 100B, est un marqueur de dysfonction ou dommage cérébral chez les personnes atteintes de maladie neurodégénérative comme l’Alzheimer. Chez les gens en santé, les niveaux de S100B reviennent à la normale dans les deux heures suivant l’usage d’un téléphone cellulaire.

De plus, tous les patients présentaient une réduction de la circulation sanguine dans la zone dite capsulothalamique du cerveau, ce qui explique plusieurs de leurs symptômes. En effet, cette réduction du flux sanguin suggère l’inflammation du système limbique (centre des émotions et de la mémoire) et du thalamus (vigilance, sommeil, organes sensoriels). Le Dr Belpomme et plusieurs autres chercheurs et politiciens ont récemment demandé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi qu’au ministère français de la Santé de reconnaître l’EHS comme une maladie à part entière.

L’effet nocebo : des tomates phobiques ?

Selon le Dr Serge Marchand, les symptômes attribués à l’exposition aux CEM seraient en fait causés par l’effet nocebo, soit une crainte de la nocivité des ondes. C’est du moins ce qu’a conclu le psychologue britannique James Rubin dont les études sont toutefois financées par l’industrie des télécommunications sans fil. Ceci sur la base d’études de provocation dans le cadre desquelles des gens qui se disaient EHS n’ont pu détecter une exposition aux micro-ondes.

Des études bidon, selon le docteur en radiobiologie russe Igor Belyaev, auteur de plus de 70 études sur les effets non thermiques des CEM. Ces études de provocation ont été conçues pour échouer, dit Belyaev, en faisant fi des nombreuses variables physiques et biologiques liées à l’apparition de symptômes d’EHS : fréquences multiples, largeur de bande, modulation, polarisation, dose, durée et cohérence du temps d’exposition et de non exposition, environnement électromagnétique alternatif et statique, densité des cellules, génétique, sexe, âge, différences individuelles et autres particularités physiologiques des sujets, présence de métaux lourds dans l’organisme et consommation de puissants antioxydants et de capteurs de radicaux libres, comme les suppléments de mélatonine et le gingko biloba. Membre du groupe de travail sur les CEM de l’OMS, professeur agrégé de génétique à l’université de Stockholm (Suède) et à l’université de Saint-Petersbourg (Russie), Belyaev fut colauréat du prix du meilleur article publié de 2005 à 2009 par la revue scientifique Bioelectromagnetics. Parue en mai 2006, son étude a démontré que les micro-ondes émises par un cellulaire pouvaient modifier dans le cerveau de rats des protéines essentielles à la lutte au cancer et autres maladies.

La théorie de l’effet nocebo sur les symptômes d’EHS perd toute crédibilité quand on sait que les micro-ondes nuisent à la vie animale et végétale. En 2008, le biologiste français Gérard Ledoigt a perdu ses fonds de recherche et son laboratoire après avoir signé une étude parue en 2006 dans la revue de botanique Physiologia Plantarum. Son crime : avoir modifié l’expression génétique de plants de tomates ! Ceci en les exposant pendant dix minutes à des ondes radio de 900 mégahertz (900 millions d’oscillations par seconde, bande de fréquence des compteurs intelligents). La densité de puissance n’était que de 5 volts par mètre, soit 12 fois moindre que celle tolérée par l’OMS pour prévenir l’échauffement des tissus humains. «La plante réagissait comme si elle était pincée ou brûlée, traumatisée, alors qu’on ne la touchait pas», m’a expliqué en entrevue Gérard Ledoigt, qui enseigne à l’université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand. «Ça nous a étonnés car la fréquence était stable, sans harmoniques ni modulation» qui rendent les ondes des téléphones portables plus nocives.

Il est dommage que Richard Martineau n’ait pas choisi d’interviewer le physicien Paul Héroux, professeur de médecine du travail à l’université McGill. Ce chercheur estime avoir découvert comment de très faibles doses de CEM favoriseraient le développement du cancer et du diabète et induiraient des changements biologiques importants, notamment la formation de radicaux libres et une altération du métabolisme du calcium.

Un minimum de crédibilité journalistique exige que l’on interviewe des spécialistes représentant les deux avis divergents. Quant aux personnes électrohypersensibles présentes à l’émission, il apparaît qu’elles ont été piégées par leur besoin d’exprimer une souffrance d’autant plus intense qu’elle est vécue dans le déni, le cynisme et le rejet. Le grand responsable en est d’abord le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui s’emploie à discréditer ces malades et les prive de tous services, d’où les suicides déjà constatés. Or, les hôpitaux du Québec tirent des revenus substantiels de la présence sur leurs toits de plus de 300 antennes de télécommunication…

Remerciements à Hélène Vadeboncoeur et à Jacinthe Ouellet pour leur collaboration

> Lire la nouvelle en ligne sur le site du Journal Huffington Post Québec

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