Lévis Refuse

Lévis Refuse les compteurs intelligents d'Hydro-Québec

Hydro-Québec en crise! Les loups sont dans la bergerie et ils engraissent à vue d’oeil

4 mars 2015 – Source : Vigile Québec

Une spoliation tranquille, sournoise et silencieuse en cours depuis vingt ans

Dans ma chronique précédente consacrée à Hydro-Québec, Un quadruple départ très mystérieux, j’évoque la situation très particulière dans laquelle se trouve l’entreprise du fait de l’enquête de l’UPAC actuellement en cours. J’invite d’ailleurs les lecteurs qui n’en auraient pas encore pris connaissance à le faire, ce qui leur facilitera grandement la compréhension de ce que je m’apprête à révéler.

Dans les jours qui suivent la mise en ligne de mon texte, le journaliste Michel Morin de TVA souligne dans un reportage que, fait sans précédent, quatre sièges au conseil d’administration sont actuellement inoccupés, et que le gouvernement tarde à les remplacer.

Son enquête lui permet également d’apprendre que Michel Plessis-Bélair, un membre du conseil d’administration qui y siégeait depuis 2004, et également vice-président du conseil d’administration de Power Corporation, avait remis sa démission de celui d’Hydro-Québec le 11 novembre dernier, soit très curieusement un jour AVANT que Pierre Karl Péladeau, candidat à la chefferie du PQ et brièvement président du CA d’Hydro-Québec en 2013 et 2014, ne révèle sur sa page Facebook que Plessis-Bélair se trouvait en conflit d’intérêts pendant qu’il y siégeait du fait de l’importance des intérêts du groupe Power dans des entreprises concurrentes d’Hydro-Québec, notamment GDF-Suez et TOTAL .

Alors que Michel Morin avait adressé sa demande d’information au service des communications d’Hydro-Québec et qu’il ne recevait que des réponses partielles à ces questions, c’est du bureau même du nouveau président Michael Penner qu’il allait recevoir la réponse, une façon très inhabituelle de procéder pour quiconque est familier avec la gestion des communications dans une entreprise de l’envergure d’Hydro-Québec.

Michael Penner doit démissionner

Il n’en fallait pas plus pour me mettre la puce à l’oreille. Avec l’aide d’une recherchiste très déterminée, je me suis mis à la recherche d’informations sur Michael Penner, bombardé à la tête du CA d’Hydro-Québec sans autres qualifications que ses états de service au PLQ et son endossement de la candidature de Philippe Couillard à la tête du parti avant son élection comme premier ministre, comme nous l’apprenait The Gazette au moment de sa nomination. Le Canada Jewish News, pour sa part, nous apprenait qu’il était juif en titrant fièrement Hydro-Québec gets its first Jewish chair.

Notre quête nous a permis de trouver des choses très bizarres (comme dans Île-Bizard). Ainsi, on savait déjà que Michael Penner est le chef d’une entreprise dont le nom est Bonneterie Richelieu, que cette entreprise n’est pas cotée en bourse, et que Michael Penner n’a donc aucune expérience de la présidence du conseil d’une grande société comme Hydro-Québec, avec toutes les obligations fiduciaires et de transparence qui vont de pair avec une telle responsabilité, ce qui avait grandement surpris le spécialiste en matière de gouvernance qu’est Yvan Allaire, le président du conseil de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques.

Ce que seuls quelques initiés pouvaient savoir, c’est que Michael Penner n’est pas l’unique actionnaire de Bonneterie Richelieu. En effet, il détient une part majoritaire des actions de l’entreprise par l’entremise d’une société à numéro, 4337581 Canada. Le second actionnaire dans l’entreprise, Anthony Infantino, détient aussi ses actions par l’entremise d’une société à numéro, 9054-6539 Québec Inc. Le registre des entreprises nous apprend qu’il habite une de ses résidences cossues de l’Île-Bizard, comme ont habité ou habitent encore plusieurs personnalités bien connues du monde de la politique et des affaires.

Mais le plus surprenant, c’est de découvrir que la fille d’Anthony Infantino, Tina Infantino, comptable de profession, est présentement à l’emploi d’Hydro-Québec à titre de conseillère en ressources financière et en gestion (analyse de projets capitalisables) après avoir occupé des fonctions de contrôle financier dans des firmes de génie-conseil bien connues, WSP (anciennement GENIVAR) pendant quelques mois en 2014, et, tenez-vous bien, SNC-Lavalin de 2000 à 2011. .

On ne quitte pas un employeur comme SNC-Lavalin avec 11 ans de maison sans qu’il n’y ait une raison majeure. Vu les responsabilités qu’elle y occupait, il y a de bonnes raisons de croire qu’elle s’est trouvée mêlée aux cafouillages qui ont entouré les mésaventures de l’entreprise en Libye et au CUSM. Elle ne serait pas la seule. On se souvient que, dans le même contexte, Michael Novak, le mari de l’actuelle ministre de l’Immigration a dû quitter ses fonctions de vice-président directeur Affaires gouvernementales, autochtones et économiques mondiales chez SNC-Lavalin.

Le profil LinkedIn de Tina Infantino nous apprend même qu’elle a quitté son employeur précédant Hydro-Québec en juillet 2014. Elle est donc entrée au service d’Hydro-Québec directement dans la foulée de la nomination de Michael Penner à la tête du CA d’H-Q. Cette relation étroite entre les personnes dans le temps dégage de tels effluves de favoritisme qu’ils justifieraient sa destitution, tant elles minent la confiance que doivent avoir les Québécois dans sa capacité de s’acquitter de sa responsabilité en matière d’éthique et de gouvernance, la première responsabilité, et la plus importante, de tout président de conseil d’administration. Pour le bien d’Hydro-Québec, il devrait avoir le courage et la décence de démissionner discrètement de lui-même avant que les répercussions de ces révélations ne l’y contraignent sous les feux de la rampe.

Et lorsqu’on creuse encore davantage, on a la surprise découvrir qu’Anthony Infantino. le père de Tina, est encore, ou à tout le moins a été, un acteur important de l’industrie de la construction en étant propriétaire ou actionnaire d’entreprises comme FirstOnSite Restoration L.P (faisant affaires au Québec, sous le nom de Restauration Première Réaction), Rosco Après-Sinistres, ou Construction Miraflore Inc, à Montréal-Nord. « Comme par hasard », on a également découvert qu’un certain James V. Infantino, parent de la même famille, faisait partie de l’Équipe Tremblay – Union Montréal en 2008, et que le nom d’Anthony Infantino figure dans la liste des contributeurs jointe aux états financiers 2012 de l’Équipe Tremblay – Union Montréal.

Vous ne serez évidemment pas surpris d’apprendre que la famille Infantino a développé des rapports étroits avec l’administration Tremblay-Zampino et le PLQ au fil des années à Montréal-Nord, l’ancien fief de Tony Tommassi, ce ministre que le pourtant très tolérant Jean Charest a contraint à démissionner dans un parfum de scandale qui s’est soldé devant les tribunaux par un plaidoyer de culpabilité à des accusations criminelles de fraude à l’encontre du gouvernement.

Fiou ! … Et nous n’avons fait qu’effleurer la surface ! C’est quand même incroyable les effluves de scandale qui montent à la surface à chaque fois que l’on soulève le couvercle de la mamrmite libérale. On comprend mieux le commentaire du commissaire Robert Lafrenière de l’UPAC à la fin de l’an dernier lorsqu’il annonçait qu’Hydro-Québec serait l’une de ses quatre grandes priorités pour 2015. Ses enquêteurs ont du pain sur la planche !

Évidemment, toutes ces informations soulèvent la question du degré d’indépendance qu’Hydro-Québec doit avoir vis-à-vis non seulement du gouvernement, mais aussi des partis politiques, comme nous l’avait déjà appris le cas de la vice-présidente exécutive Marie-Josée Nadeau, largement couvert dans ma chronique précédente évoquée plus haut. Elles soulèvent aussi encore une fois, dans la foulée immédiate de la démission du ministre Bolduc, la question du jugement de Philippe Couillard dans les personnes qu’il choisit pour leur confier des responsabilités importantes.

Mais tout ce ceci n’est encore que de la bien petite bière.

Une privatisation à la pièce

Bien plus grave encore, il y a toute la question de la privatisation d’Hydro-Québec, amorcée en douce, à la pièce, il y a vingt ans, sous le mandat de Lucien Bouchard pour le compte de son ami Paul Desmarais, avec la nomination d’André Caillé à la tête d’Hydro-Québec. Caillé provient du secteur du gaz où il a fait sa marque pendant dix ans à titre de PDG de Gaz Métropolitain. Pour Hydro, habituée jusque-là à être gérée par des dirigeants issus de l’intérieur, la transition est brutale.

Plusieurs des décisions prises par Caillé pendant son mandat à la tête d’Hydro-Québec auront pour effet de retirer des mandats au personnel de l’Hydro pour en confier la réalisation à des partenaires privés par l’entreprise de sa filiale TM4. Il entraînera aussi Hydro-Québec dans les couteux projets de centrale au gaz qui coûtent cette année seulement 1,2 milliards $ À Hydro. À ce sujet, il est instructif de relire ce communiqué de 2009 de MCN21 qui explique comment les Québécois se sont fait escroquer en toute légalité des milliards de dollars du fait des mauvaises décisions du gouvernement Charest et de ses exécutants chez Hydro-Québec, prises avant tout pour avantager des intérêts proches du pouvoir Libéral.

Ce travail de sape, dur sur le moral des troupes, se poursuivra sous Thierry Vandal, nommé par Jean Charest en 2005. Il prendra également de nouvelles dimensions lorsque ce dernier se verra obligé par le gouvernement de développer une filière éolienne dépourvue de toute logique stratégique ou économique dans le contexte des opérations hydro-électriques d’Hydro-Québec.

Dans la chronique qu’il tient au Journal de Montréal, le professeur de sciences comptables à l’UQAM Léo-Paul Lauzon établissait l’automne dernier à 8 milliards de dollars annuels le montant de « vrais profits » qu’Hydro-Québec pourrait générer en plus pour son actionnaire le gouvernement du Québec, en cessant de faire des cadeaux aux « transnationales milliardaires », de quoi largement équilibrer ses comptes publics annuels, et même dégager d’importants surplus.

Pour perpétuer l’asservissement des Québécois à leurs intérêts, le gouvernement Couillard veut poursuivre dans la même voie, nous imposer l’austérité, et brader en bas du coûtant les surplus d’électricité du Québec à l’Ontario.

Disons les choses très clairement. La privatisation d’Hydro-Québec est à l’agenda du gouvernement Couillard, tout comme elle l’était à celui du gouvernement Charest et aussi du gouvernement Bouchard.

Dès les premiers jours de son mandat, le gouvernement Couillard a confié à deux économistes, Luc Godbout et Claude Montmarquette, le mandat de dresser un portrait des finances publiques. Leur rapport, remis quelques semaines plus tard, très alarmiste, contenait une suggestion qui m’est d’autant plus familière que je l’ai déjà faite il y a 23 ans alors que j’étais président de l’Association des manufacturiers du Québec, soit de privatiser 10 % du capital d’Hydro-Québec et d’affecter le produit de la vente à une combinaison de fins comme la réduction partielle de la dette et l’amélioration des services en éducation et en santé.

À l’époque, les journaux de l’Empire Desmarais avaient accueilli très favorablement cette suggestion, la gratifiant d’un titre en première page de La Presse et d’un éditorial favorable de Michel Audet (ancien sous-ministre de l’Énergie des Richesses naturelles) dans Le Soleil. Ignorant alors tout l’intérêt de l’Empire Desmarais pour une telle privatisation, j’avais été très surpris de cette réaction enthousiaste.

J’allais être encore plus surpris de recevoir chez moi tard le soir, quelques jours plus tard, un appel personnel de Robert Bourassa, alors premier ministre, qui commença d’abord à me féliciter de la créativité dont j’avais fait preuve en élaborant un tel plan, pour ensuite passer plus d’une heure à m’expliquer à quel point sa mise en oeuvre serait une erreur. Il fut si convainquant dans ses explications sur l’importance du rôle moteur d’Hydro-Québec dans le développement du Québec et de son économie que je suis devenu un défenseur acharné de sa mission dans toute son intégralité et son intégrité.

S’il n’était pas indépendantiste, Robert Bourassa se situait dans la lignée du « PLQ artisan de la Révolution tranquille » et il était particulièrement conscient et fier des progrès qu’elle avait permis au Québec et aux Québécois de faire sur le plan économique. L’estime et le respect qu’il avait pour René Lévesque malgré leurs divergences politiques tenait d’ailleurs largement à l’admiration qu’il éprouvait pour le rôle de ce dernier dans la nationalisation d’Hydro-Québec.

Mais revenons-en maintenant à la réaction du gouvernement Couillard à la suggestion des économistes Godbout et Montmarquette qui estimaient pour leur part que la conjoncture s’y prêtait. Jugeant sans doute la réception un peu fraîche, Couillard s’empressa de temporiser dans un point de presse tenu à l’issue de la première réunion du conseil des ministres après l’élection : « L’idée de privatiser en partie des sociétés d’État n’est « pas à court terme » dans les cartons. « Ce n’est pas quelque chose qu’on va vouloir lancer tout de suite ».

Donc, pas tout de suite. Mais l’idée demeure dans l’air. Un mois plus tard, talonné à ce sujet au Salon Bleu lors de la période de questions par Bernard Drainville, le critique du PQ en matière de ressources naturelles qui veut savoir « quand », le ministre et président du Conseil du Trésor Martin Coiteux répond évasivement « Tout est sur la table », ce qui n’empêche pas Denis Lessard de La Presse de conclure que cela ne se fera pas.

Mais si ce n’était pas à ce moment-là, l’idée n’en demeure toujours pas moins d’une très grande actualité, comme en font preuve l’extrait du dernier ouvrage de Claude Castonguay (mon ancien patron du temps où j’étais vice-président du Groupe La Laurentienne dans les années 1980) publié dans La Presse ces jours derniers Sa suggestion est exactement la même que je faisais en 1992. Faut-il se surprendre que son ouvrage, intitulé « La fin des vaches sacrées », soit publié aux Éditions La Presse ?

Faut-il aussi se surprendre qu’Alain Dubuc, le chroniqueur bien connu de La Presse, s’appuyant sur Claude Castonguay, écrive lui aussi ces jours-ci dans La Presse

« Le Québec dispose d’une seule véritable richesse naturelle. Ce n’est évidemment pas le pétrole. Pas non plus les mines. C’est son hydroélectricité. Le Québec est le quatrième principal producteur d’hydroélectricité au monde après les trois géants que sont la Chine, le Brésil et les États-Unis.

Cette richesse fabuleuse, nous l’utilisons mal. Nous exploitons et consommons notre électricité sur la base d’un modèle mis en place il y a un demi-siècle. Ce modèle, celui de la nationalisation et ensuite du développement massif de notre potentiel, nous a bien servis. Mais il ne tient plus la route. »

Faut-il enfin se surprendre que le gouvernement ait récemment lancé une consultation publique sur sa nouvelle politique énergétique avec l’idée de l’adopter dès l’automne prochain ?

L’affaire des batteries

Une dernière affaire toute récente vient confirmer les pires inquiétudes
Hydro-Québec cède la production de ses batteries d’avant-garde à des entreprises « françaises »

Peu avant Noël, un correspondant me faisait parvenir une information étrange tirée d’une nouvelle parue en France sur le site Usine nouvelle, spécialisé dans l’information sur le développement industriel. Le titre, Le pôle de recherches d’Hydro-Québec créateur d’emplois à Lacq alluma tout de suite ma curiosité. Qu’allait donc faire Hydro-Québec à Lacq, une petite ville des Pyrénées-Atlantiques surtout connue pour avoir été le site d’une importante exploitation de gaz naturel de 1951 à 2013, d’abord sous le contrôle de la pétrolière Elf-Aquitaine, puis de TOTAL après la fusion d’Elf-Aquitaine et de l’ancienne Compagnie Française des Pétroles (CFP), survenue en mars 2000 (pour mémoire, Paul Desmarais père siégeait au conseil d’administration d’Elf-Aquitaine).

J’étais en peine de comprendre la logique de la publication de cette information touchant Hydro-Québec en France alors qu’il n’en avait jamais été question dans aucun média québécois. La lumière s’est faite la semaine dernière avec la publication d’un autre article sur un site plus important cette fois-ci, la Tribune. Je le reproduis ici in extenso tant son contenu est aussi surprenant qu’il est consternant pour tout Québécois soucieux du développement industriel et économique chez nous :

La batterie du futur, capable de supplanter toutes les technologies actuelles sera vraisemblablement produite en Béarn à l’issue d’une aventure humaine de quatre ans entre deux ingénieurs français et le géant de l’énergie Hydro-Québec. Denis Lagourgue, un de ces ingénieurs, raconte.

Ce n’est pas une innovation, c’est potentiellement une révolution. Ce n’est pas la phrase d’attaque du PDG de la firme US « à la pomme » présentant un nouvel outil de communication, mais peut-être le résumé d’une histoire industrielle qui est en train de s’écrire en Béarn, à Pau, plus précisément sur le site de Lacq.

Le géant de l’énergie nord américain, Hydro-Québec et son outil de recherche l’Institut de Recherche Hydro-Québec (IREQ) ont choisi, à l’issue de quatre ans d’instruction du dossier, de s’associer avec une TPE tout juste créée à Lacq, Powertrend Energy Conversion, pour transférer une des innovations de l’Institut Hydro-Québec, dans le but, à terme, de produire des batteries issues d’une technologie révolutionnaire, et ce pour toute l’Europe.

Une technologie qui supplante toutes les autres ?

Une technologie associant phosphate de fer et nano-titanate, capable de donner naissance à des batteries électriques plus petites, plus légères, plus sûres, elles ne chauffent presque pas, capables de stocker 10 fois plus d’énergie que leurs concurrentes de même taille et pouvant supporter 30.000 cycles de rechargements. Soit des performances dix fois supérieures à celles affichées par les batteries les plus perfectionnées du marché. A l’image des batteries Lithium Métal Polymère (LMP), issues, elles aussi, d’un brevet de l’Institut de Recherche Hydro-Québec et de chercheurs texans, et qui font aujourd’hui la fierté de Vincent Bolloré qui les produit en Bretagne et au Canada. Des batteries qui équipent d’ailleurs ses Bluecar.

En clair, cette technologie pourrait bien répondre à la problématique des énergies éoliennes, hydroliennes, photovoltaïques… à savoir la question, non résolue à ce jour, du stockage de masse de l’électricité afin de la rendre disponible quand les besoins l’exigent. « Avec cette techno, dans l’équivalent, en taille, d’un container, ont peut stocker entre 2 et 4 MW. On pourrait en mettre aux pieds des champs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques et/ou en faire des stations services de rechargements de véhicules électriques » prophétise Denis Lagourgue, l’ingénieur en mécanique franco-canadien porteur du projet.

Hydro-Québec a préféré Pau et Powertrend à la Chine

Le plus étonnant, c’est que ce projet soit porté, en France, par une TPE, Powertrend Energy Conversion, qui à ce jour se limite à deux hommes, l’ingénieur tarbais, pionnier de la mécatronique de puissance, installé à Tarbes, Alain Jullien et donc Denis Lagourgue. « Ma rencontre avec ce génie visionnaire qu’est Alain Jullien a été déterminante dans cette aventure » tient à préciser Denis Lagourgue. « Ensemble, nous avons pu créer, à Tarbes, un consortium réunissant notamment Alstom, Schneider Electric, l’Université de Pau, l’Enit… autour du centre de recherche et une plateforme d’innovations : Primes. Nous avons pu créer une véritable chaîne de valeur autour de l’électronique de puissance, domaine dans lequel la France était absente. Cette expertise, et notre idée commune de créer un campus technologique associant recherche, industrie et formation autour de leur innovation, le tout sur un site unique, ont séduit Hydro-Québec qui nous fait confiance ».

De la confiance, il en a fallu puisque le géant canadien a tiré un trait sur une proposition chinoise d’achat de brevet d’une valeur de 1 milliard de dollars pour lui préférer l’offre du français Powertrend… Surtout quand on sait que pour de le déploiement de la « batterie du futur » en Asie, Hydro Québec a cédé son brevet au géant japonais Sony…

Dans le plus grand secret à l’issue de plusieurs visites des décideurs du groupe canadien en France, deux protocoles d’accord ont été signés en décembre 2012, puis en mars 2014, avant la signature finale du 5 juillet dernier. Celle-ci prévoit qu’Hydro Québec transfère sa technologie de rupture à la société Powertrend Energy Conversion… dans laquelle elle prend des parts. « En fait, Hydro-Québec ne procède jamais de cette manière, mais nous lui avons offert 20% du capital de la société », raconte Denis Lagourgue. « A nos côtés et à ceux d’Hydro-Québec, la région Aquitaine, à hauteur de 10%, soit 5 M€ environ et cinq ou six multinationales vont également entrer au capital de Powertrend qui, dans un premier temps se situera entre 40 et 50 M€. »

D’ici la fin de l’année, c’est près de Pau, à Lacq, que sortiront de terre les prémices de ce qui devrait devenir un site industriel majeur. Un site de 80 hectares (le site N°5 de Pau-Lacq), désormais réservé, dont la localisation ne doit rien au hasard.

« Chemparc et le Conseil Régional ont su comprendre l’intérêt économique, stratégique, de cette rupture technologique »

« Si nous avions d’abord pensé à Tarbes, parce que nous y étions installés, il est apparu très vite que nous n’aurions pas la place nécessaire pour l’avenir industriel du projet. Lacq s’est imposé très vite grâce aux compétences des décideurs de Chemparc et à la réactivité du Conseil régional et de Thibaut Richebois (Ndr. directeur de la recherche, de l’enseignement supérieur et du transfert de technologie au Conseil régional) qui a su très vite comprendre l’importance de cette rupture technologique et son impact économique potentiel « .

Dans un premier temps, « la phase 1 du projet qui durera jusqu’en 2017 va mobiliser 50 M€ d’investissement et génèrera 150 emplois » assure Denis Lagourgue. Powertrend, qui a loué des bureaux au sein de Chemparc, va d’abord créer, d’ici la fin de l’année, un laboratoire de recherche dédié au stockage de l’énergie. « Le contrat signé avec Hydro-Québec, c’est un contrat de partage de l’intelligence. Dans le cadre de ce projet, un institut de productique et de process va voir le jour à Pau, tout comme la première usine de poudre en nano particules d’Europe… le triptyque labo, industrie et formation est en route. Alain Jullien et moi sommes arrivés là où nous voulions aller. Il n’y a pas de projet de qualité dans le domaine de la recherche et de l’innovation sans l’enseignement et la formation derrière. »

La phase 2 du projet, qui doit, à partir de 2017, permettre l’industrialisation de la production de batteries, devrait, elle, mobiliser au moins 400 M€ et générer, à terme, environ 600 emplois supplémentaires. On parle, d’ores et déjà, de la possible création de 16 usines de production de batteries de toutes tailles et usages, dévolues au marché européen, sur le bassin de Lacq. « Mais cette phase-là ne sera pas pilotée par Powertrend. Nous n’aurons jamais la surface financière pour le faire. Nous passerons le relais à un très gros industriel de taille mondiale ». Un contact serait déjà très avancé…

Voilà 600 emplois industriels de première qualité que les activités de recherche d’Hydro-Québec vont créer en France plutôt qu’au Québec ! Il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier une telle trahison de nos intérêts, et l’on comprend mieux dès lors la discrétion et le silence qui ont entouré toute cette affaire au Québec.

D’autant plus qu’il s’agit d’une technologie particulièrement innovante, « de rupture », donc susceptible de favoriser la création de toute une nouvelle filière industrielle, avec d’importantes retombées additionnelles en termes d’investissement et d’emploi. »
Vous aurez noté que toute cette affaire s’est conclue « dans le plus grand secret.

Pourquoi ? Au bénéfice de qui ? Pour le découvrir, il faut interroger Google sous Chempark (l’anglicisation galopante et snobinarde des Français me tape sur les rognons ! ). On découvre qu’il est exploité par la Société béarnaise de gestion industrielle (SOBEGI) dans laquelle se retrouvent les partenaires suivants : TOTAL, actionnaire à 60 %, et COFELY, une filiale de GDF-Suez présente à Montréal, actionnaire à 40 % .

Vous aurez aussi noté à la toute fin de l’article ces phrases :

« Mais cette phase-là ne sera pas pilotée par Powertrend. Nous n’aurons jamais la surface financière pour le faire. Nous passerons le relais à un très gros industriel de taille mondiale ». Un contact serait déjà très avancé… »

Après avoir découvert les noms de TOTAL et de GDF Suez dans le portrait, vous reste-t-il le moindre doute sur l’identité du groupe mondial qui possède la surface financière nécessaire ? Et ça prend une bonne dose d’humour cynique pour rajouter « Le contact serait déjà très avancé. »

L’ouvrage que j’ai consacré à Paul Desmarais père s’intitulait « Desmarais : La Dépossession tranquille ». Avec le recul et la multiplication de nouveaux exemples tous plus culottés les uns que les autres, je me rends compte que j’étais très en deçà de la réalité.

Fidèle à la méthode que j’ai développée pour le bénéfice des lecteurs de Vigile, j’ai voulu démonter le « modus operandi des spoliateurs ».

C’est la photo qui apparaît sur le site de La Tribune (citée plus haut) qui m’a fourni la piste. On y découvre Élie Saheb, le vice-président exécutif – Technologie chez Hydro-Québec, en compagnie d’un représentant français. Et en fouillant sur le site d’Hydro-Québec, on découvre un communiqué qui nous apprend qu’Élie Saheb a reçu la Médaille de l’Académie des technologies en 2011. Ne connaissant pas cet organisme, je me suis rendu sur son site pour obtenir les précisions suivantes :

« Créée sous forme d’Association en 2000, sous la présidence de Pierre Castillon, l’Académie des technologies devient un Établissement public administratif en 2006 et est placée en 2013 sous la protection du Président de la République, rejoignant ainsi ses consoeurs de l’Institut de France dans une reconnaissance de sa mission et de l’intérêt public de son action. »

Bigre ! C’est les grosses ligues !

Revenant au communiqué d’Hydro-Québec sur l’attribution de la médaille à Élie saheb, on y apprend qu’elle lui a été remise par un certain Bruno Revellin-Falcoz, ingénieur civil de l’aéronautique et ancien vice-président délégué général de Dassault aviation.

Tiens donc, un représentant de l’Empire Dassault avec qui la filiale TM4 d’Hydro-Québec avait conclu une entente sur l’exploitation du moteur-roue en 2003 , entente qui allait avorter en 2009 dans des circonstances étranges où l’on apprenait qu’Hydro-Québec avait racheté la part de Dassault dans TM4 pour une somme non divulguée. La part ? Quelle part ? Et combien Hydro-Québec a-t-elle payé pour racheter cette part ?

Ces questions pourraient sembler non pertinentes, mais il faut savoir que Dassault est représenté au conseil d’administration de Power Corporation par Serge Dassault, et qu’au moment où Hydro-Québec rachetait la participation de Dassault dans TM4, Michel Plessis-Bélair, le vice-président du conseil de Power Corporation, siégeait au conseil d’Hydro-Québec. Délicat ! Et tout cela ne serait pas nécessairement scabreux si Dassault n’était pas aussi impliquée dans la fabrication de batteries.

Mais pour en revenir à Élie Saheb, en parcourant le site de l’Académie des technologies, on y retrouve sa notice biographique sur laquelle apparaît une information essentielle, absente du communiqué d’Hydro-Québec sur l’attribution de sa médaille. En effet, Élie Saheb est membre du conseil scientifique d’EDF (Électricité de France), le pendant français d’Hydro-Québec.

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Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans la découverte du nom d’Élie Saheb comme signataire de la convention signée entre Hydro-Québec et Petrolia pour l’octroi à Petrolia d’une licence d’utilisation de données sismiques obtenues dans le cadre de son programme pétrolier et gazier d’exploration sur l’Île d’Anticosti.

J’invite ceux d’entre vous qui ignoreraient qui se cache derrière Pétrolia à prendre connaissance des deux articles suivants : Anticosti : les traces de Power Corp sont partout , et L’étrange nouveau partenaire de Pétrolia : Maurel & Prom, ou le « faux-nez » de Total et de l’Empire Desmarais.

Pour qui roule donc Éle Saheb ? À qui vont ses loyautés ? En a-t-il ? .N’a-t-il que des intérêts ? Lesquels ? A-t-il agi de sa propre initiative dans cette affaire ? Sur les directives de quelqu’un ? De qui ? À l’intérieur d’Hydro-Québec ? À l’extérieur ?

Un comité de vigilance et une enquête publique

Après ce très sombre portrait de la situation chez Hydro-Québec, il est évident qu’un solide coup de barre s’impose si les Québécois ne veulent pas perdre cet étrange croisement entre une poule aux oeufs d’or et une vache à lait que constitue Hydro-Québec, et qui excite tant la convoitise de l’Empire Desmarais et de tous ceux qui bavent d’envie devant son potentiel, comme l’Ontario, par exemple.

Vu les dégâts déjà commis, il est devenu urgent de constituer un comité de vigilance qui réunirait tous les groupes intéressés au sort d’ Hydro-Québec en tant que bien collectif des Québécois, et de tenir une enquête publique pour déterminer les responsabilités dans les dérives identifiées plus haut. Hydro–Québec est notre bien collectif le plus précieux. Aucun fiduciaire digne de ce nom, dûment informé des faits, ne saurait tolérer les assauts intéressés dont elle est l’objet depuis trop longtemps sans tout faire en son pouvoir pour y remédier urgemment.

Mon prochain livre
Le travail que je fais sur Vigile depuis 2010 pour documenter les activités de la famille Desmarais et de son partenaire belge Albert Frère a attiré l’attention d’un éditeur européen qui m’a demandé de publier à leur sujet, chez lui, un ouvrage adapté au marché européen et à l’espace francophone mondial.J’ai accepté sa proposition.

L’ouvrage paraîtra d’abord en Europe à la rentrée de septembre prochain, et ensuite au Québec, sans doute pour coïncider avec le Salon du livre de Montréal, à l’automne.

> Lire la nouvelle en ligne sur le site Vigile Québec

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